Plusieurs flacons de verre ambré sans étiquette alignés sur une table en pierre claire, lumière douce, sans texte

Berbérine et autres plantes : ce que l’on sait vraiment

Par La rédaction de Berbérine.fr · Dernière vérification :

Sommaire

Les rayons de compléments alimentaires invitent aux combinaisons. Berbérine et curcuma, berbérine et cannelle, berbérine et millepertuis : ces associations circulent largement. Elles reposent sur beaucoup moins de données qu’on ne le suppose.

En bref

  • La berbérine et plusieurs plantes agissent sur les mêmes enzymes du foie.
  • Le millepertuis agit en sens inverse de la berbérine sur le CYP3A4.
  • Aucune donnée publiée ne porte sur ces associations entre plantes.

Cette page s’appuie sur 8 sources, toutes ouvertes et vérifiées le 18 août 2026. Parmi elles, 8 proviennent d’une autorité sanitaire, d’un texte réglementaire ou d’une revue à comité de lecture.

À savoir avant de lire. Cette page est informative et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. Aucune allégation de santé n’est autorisée pour la berbérine dans l’Union européenne, et l’EFSA n’a pas pu établir de dose journalière sûre. Si vous prenez plusieurs compléments : parlez-en à un professionnel de santé.

Pourquoi la question se pose

Les plantes ne sont pas inertes. Beaucoup d’entre elles agissent sur les mêmes systèmes que les médicaments.

Deux systèmes reviennent constamment. Les cytochromes P450 sont un groupe d’enzymes du foie qui décomposent une grande partie de ce que nous avalons. La P-glycoprotéine est une pompe qui rejette certaines substances hors des cellules avant qu’elles n’agissent.

La berbérine agit sur les deux. Une étude menée chez l’humain a montré qu’une administration répétée de berbérine inhibe plusieurs cytochromes P450. Une autre a mesuré son effet sur la pharmacocinétique de substrats du CYP3A et de la P-glycoprotéine.

Dès lors qu’une deuxième plante touche aux mêmes cibles, la question de l’association se pose. Elle ne se pose pas parce qu’une combinaison serait dangereuse par nature, mais parce que deux substances actives sur une même voie ne s’ignorent pas.

À ne pas confondre : inhiber et induire

Deux effets opposés portent des noms voisins. Inhiber une enzyme, c’est ralentir son travail : le médicament ou la substance qu’elle devait décomposer reste plus longtemps dans le sang. Induire une enzyme, c’est en augmenter la quantité : ce qu’elle décompose disparaît plus vite.

La distinction n’est pas théorique. Les deux mécanismes déplacent une concentration sanguine dans des directions contraires, et rien ne garantit qu’ils s’annulent proprement quand ils se rencontrent.

Le millepertuis : le cas le plus documenté

Le millepertuis est la plante dont les interactions sont les mieux décrites. Une revue parue en 2020 dans Life en détaille le mécanisme. L’hyperforine, l’un de ses constituants principaux, active le récepteur PXR.

Cette activation induit plusieurs enzymes : le CYP3A4, le CYP2B6, le CYP2C8 et le CYP2C9. Elle induit également la P-glycoprotéine.

Rapproché de ce que fait la berbérine, le tableau devient lisible.

Sur le CYP3A4 et la P-glycoprotéineEffet décrit
Berbérineinhibition
Millepertuisinduction

Deux encadrés reliés à une même cible : la berbérine inhibe le CYP3A4 et la P-glycoprotéine, le millepertuis les induit

Les deux plantes tirent la même enzyme dans deux sens opposés. Ce n’est pas une raison de conclure qu’elles se neutralisent : l’ampleur, la durée et le délai de chaque effet diffèrent, et aucune étude n’a mesuré ce que produit leur rencontre.

L’hydraste du Canada, un cas particulier

Une plante mérite une mention à part. L’hydraste du Canada contient de la berbérine et de l’hydrastine. La revue de 2020 rapporte que son extrait inhibe le CYP2D6, le CYP2C9 et le CYP3A4 dans des microsomes hépatiques humains.

Le nom latin est ici le seul repère fiable. Hydrastis canadensis sur une étiquette signale une source de berbérine, même quand le mot « berbérine » n’apparaît nulle part sur la boîte. La même remarque vaut pour Coptis chinensis et pour Phellodendron amurense.

Associer un complément de berbérine à un extrait d’hydraste ne revient donc pas à combiner deux choses différentes. C’est augmenter la même famille de molécules sans que l’étiquette le signale. Ce que les mentions d’étiquette permettent de vérifier est décrit sur ce qu’il faut vérifier avant d’acheter de la berbérine.

Ce que la recherche n’a pas fait

Le point le plus important de cette page est une absence.

La revue de 2020 porte sur les interactions pharmacocinétiques entre plantes et médicaments. Elle ne traite pas les associations entre deux plantes. Cette limite n’est pas propre à ce travail : le champ des combinaisons plante-plante est très peu étudié, parce que les essais se construisent autour d’un médicament de référence.

Trois conséquences en découlent.

D’abord, une association fréquente en rayon n’est pas une association étudiée. La popularité d’une combinaison ne dit rien de sa documentation.

Ensuite, une absence de données n’est pas une absence de risque. Elle décrit ce que personne n’a mesuré. L’EFSA a d’ailleurs conclu en janvier 2026 qu’aucune dose journalière sûre ne pouvait être établie pour les préparations à base de berbérine prises seules.

Enfin, un résultat obtenu sur une plante isolée ne se transpose pas à un mélange. Les essais mesurent une substance à une teneur connue ; un rayon propose des extraits dont les teneurs varient.

Le mot « synergie » n’est pas un résultat

Les formules combinées mettent souvent en avant une synergie entre leurs composants. Le mot décrit une hypothèse séduisante : deux substances feraient ensemble davantage que la somme de leurs effets.

Aucune allégation de santé n’étant autorisée pour la berbérine, ce terme ne peut de toute façon pas servir à promettre un bénéfice. Et sur le plan des données, il ne renvoie ici à aucune mesure : une synergie se démontre par un essai comparant la combinaison à chacun de ses composants. Ces essais n’existent pas pour les associations dont il est question ici.

L’écart labo-flacon appliqué aux associations

L’écart labo-flaconSur cette page
Ce que l’étude a mesuréune plante à la fois, face à un médicament de référence
Ce que le flacon contientdes extraits dont la teneur varie d’un produit à l’autre
Ce qui reste inconnuce que produit la rencontre de deux plantes actives

Statut réglementaire en cours. Le projet d’avis de l’EFSA adopté en janvier 2026 n’a pas d’effet juridique par lui-même. Dernière vérification : 18 août 2026.

Ce que dit le cadre français

Le régime applicable aux plantes autorisées dans les compléments alimentaires fixe quelles espèces peuvent être vendues et quelles mentions doivent figurer sur l’emballage. Il ne fixe pas de règle sur les associations entre compléments.

Autrement dit, rien n’empêche un consommateur d’acheter deux produits qui agissent sur la même enzyme, et rien sur l’emballage ne l’en avertit. Le cadre complet est décrit sur réglementation de la berbérine.

L’ANSES, de son côté, recommande d’éviter de prendre des compléments alimentaires trop régulièrement ou sur de longues périodes sans en informer un professionnel de santé.

Les groupes auxquels l’ANSES déconseille la berbérine

La question de l’association ne se pose pas du tout pour certaines personnes, parce que le produit seul leur est déjà déconseillé. L’agence cite les femmes enceintes et allaitantes, les enfants et les adolescents, les personnes diabétiques, et celles qui présentent des troubles hépatiques ou cardiaques.

Pour ces groupes, ajouter une deuxième plante ne change pas la recommandation : elle porte sur la berbérine elle-même. Le motif propre à chaque groupe est détaillé sur sécurité de la berbérine.

Une précision utile pour les autres. La recommandation de l’ANSES ne repose pas sur un danger démontré mais sur une incertitude assumée.

L’agence écrit que la sécurité d’emploi de ces compléments ne peut être garantie en l’absence de données nouvelles. Cette phrase vaut pour un produit pris seul. Rien n’indique qu’une combinaison la rende plus favorable.

Quand consulter un professionnel de santé ?

Quatre situations demandent un avis, et aucune ne se règle en comparant des étiquettes.

  • Vous prenez déjà un traitement. Les interactions avec les médicaments sont mieux documentées que celles entre plantes, et elles concernent de nombreuses familles.
  • Vous prenez plusieurs compléments à base de plantes. Un pharmacien peut repérer les espèces qui agissent sur les mêmes cibles.
  • Vous prenez du millepertuis. C’est la plante dont les interactions sont les mieux décrites, et son effet va dans le sens inverse de celui de la berbérine.
  • Vous constatez un changement après avoir ajouté un produit. Signalez-le, même sans certitude sur le lien.

Les interactions entre la berbérine et les médicaments, famille par famille et avec la source par ligne, sont détaillées sur interactions médicamenteuses de la berbérine. La liste des groupes de personnes concernés figure sur sécurité de la berbérine.

Questions fréquentes

Peut-on associer la berbérine à d’autres compléments de plantes ? Aucune donnée publiée ne permet de répondre. La recherche disponible porte sur les associations entre une plante et un médicament. La question relève d’un professionnel de santé.

Pourquoi le millepertuis est-il souvent cité ? Parce qu’il agit sur les mêmes cibles que la berbérine, mais dans l’autre sens. Il induit le CYP3A4 et la P-glycoprotéine ; la berbérine les inhibe.

L’absence de données signifie-t-elle qu’il n’y a pas de risque ? Non. Une absence de données décrit ce qui n’a pas été étudié, pas ce qui a été jugé acceptable.

Comment savoir si deux produits agissent sur la même cible ? En pratique, difficilement. L’étiquette d’un complément n’indique ni les enzymes concernées ni les transporteurs. Un pharmacien dispose des bases de données qui permettent de faire ce rapprochement.

Aucune de ces réponses ne vaut pour votre situation particulière. En cas de doute, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Comment cette page a-t-elle été rédigée ?

  • Rédaction : La rédaction de Berbérine.fr
  • Relecture : Comité de relecture éditoriale, qui vérifie les sources et la conformité, et qui ne dispose d’aucune compétence médicale
  • Dernière vérification : 18 août 2026
  • Sources : les 8 références figurent en bas de page, avec leur date de consultation

Sources

  1. AVIS relatif à la sécurité d’utilisation de plantes contenant de la berbérine (saisine n° 2018-SA-0095)

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  2. Utilisation de plantes à base de berbérine dans les compléments alimentaires

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  3. DRAFT Scientific Opinion on the safety of plant preparations containing berberine (EFSA-Q-2022-00803)

    EFSA — Panel on Nutrition, Novel Foods and Food Allergens (NDA)AutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  4. Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires

    LégifranceRéglementationNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  5. Guo Y, Chen Y, Tan ZR, et al. Repeated administration of berberine inhibits cytochromes P450 in humans

    European Journal of Clinical PharmacologyÉtudeNiveau de preuve B

    Publié le · Consulté le

  6. Qiu W, Jiang XH, Liu CX, et al. Effect of berberine on the pharmacokinetics of substrates of CYP3A and P-gp

    Phytotherapy ResearchÉtudeNiveau de preuve B

    Publié le · Consulté le

  7. Bathaei P, Imenshahidi M, Hosseinzadeh H. Effects of Berberis vulgaris and its active constituent berberine on cytochrome P450: a review

    Naunyn-Schmiedeberg’s Archives of PharmacologyÉtudeNiveau de preuve B

    Publié le · Consulté le