Pilulier vide, flacon en verre ambré sans étiquette et paire de lunettes sur un plan de travail clair

Sécurité de la berbérine : qui doit l’éviter et pourquoi

Par La rédaction de Berbérine.fr · Dernière vérification :

Sommaire

La berbérine n’est pas un médicament, mais elle n’est pas non plus une substance neutre. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a examiné son usage dans les compléments alimentaires et en déconseille la consommation à plusieurs groupes de personnes. Cette page rassemble ce que les autorités et la recherche publiée établissent sur ce point.

Nous lisons chaque donnée à travers l’écart labo-flacon : la distance entre ce qu’une étude a réellement mesuré et ce que contient le flacon vendu en magasin. Un encadré rappelle cet écart en bas de page.

En bref

  • L’ANSES déconseille ces compléments aux femmes enceintes, diabétiques et personnes cardiaques.
  • Les effets rapportés en essais cliniques sont surtout digestifs et modérés.
  • L’EFSA n’a pas pu établir de dose journalière sûre.

Cette page s’appuie sur 24 sources, toutes ouvertes et vérifiées le 26 juillet 2026. Parmi elles, 24 proviennent d’une autorité sanitaire, d’un texte réglementaire ou d’une revue à comité de lecture.

À savoir avant de lire. Cette page est informative et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. Aucune allégation de santé n’est autorisée pour la berbérine dans l’Union européenne, et l’EFSA n’a pas pu établir de dose journalière sûre. Si vous suivez un traitement, si vous êtes enceinte ou diabétique : parlez-en à un professionnel de santé avant tout usage.

Qui devrait éviter la berbérine ?

L’ANSES identifie quatre populations sensibles, et étend ensuite sa recommandation à une cinquième. L’agence l’écrit dans son avis de 2019. Elle recommande « aux femmes enceintes et allaitantes, aux personnes diabétiques et aux personnes présentant des troubles hépatiques ou cardiaques de s’abstenir de consommer des compléments alimentaires contenant de la berbérine ».

L’avis ajoute une précision qui compte, et elle est souvent perdue dans les résumés. En l’absence de données spécifiques, cette recommandation s’applique également aux enfants et aux adolescents. Autrement dit, l’absence d’étude n’a pas été lue comme une absence de risque.

La communication grand public de l’agence va dans le même sens. Elle place les enfants et les adolescents en tête de la liste des populations qui devraient éviter toute consommation.

Femmes enceintes et allaitantes

Deux mécanismes distincts sont invoqués, et ils ne relèvent pas du même degré de certitude.

Le premier est réglementaire et documenté. L’arrêté « Plantes » impose un avertissement déconseillant l’emploi de ces produits aux femmes enceintes. De son côté, l’ANSM a signalé en 2015 à la DGCCRF que les plantes à berbérine pouvaient augmenter les contractions utérines.

L’ANSES place ces deux faits côte à côte sans les relier. Nous faisons de même : le signalement de l’ANSM est postérieur à l’arrêté de 2014, il ne peut donc pas l’avoir motivé.

Le second est formulé avec prudence par l’ANSES elle-même. La berbérine « pourrait passer la barrière placentaire », écrit l’agence, au conditionnel. Nous reprenons ce conditionnel : il indique une suspicion étayée, pas un fait établi.

Nouveau-nés et nourrissons

Le point le plus documenté concerne la bilirubine. Selon l’ANSES, en cas d’exposition prénatale ou chez le nourrisson allaité, la berbérine « semble présenter un risque, en raison d’un déplacement de la bilirubine libre ».

Ce mécanisme a eu des conséquences réglementaires ailleurs. Des préparations contenant de la berbérine ont été retirées du marché et interdites d’importation à Singapour de 1978 à 2012. L’ANSES rapporte que ce retrait était lié à l’implication supposée de la berbérine dans l’aggravation d’ictères, d’anémies hémolytiques et de kernictères chez des nouveau-nés présentant un déficit potentiel en G6PD.

L’origine de cette mise en garde est une étude de 1993. Son auteur mesurait la capacité de la berbérine à déloger la bilirubine de l’albumine, la protéine qui la transporte dans le sang. Sa conclusion était explicite : mieux vaut éviter ces préparations chez le nouveau-né ictérique et chez la femme enceinte.

Une fiche nord-américaine destinée aux femmes enceintes et allaitantes retient le même mécanisme. Elle ajoute une inconnue : la berbérine passe dans le lait maternel, mais on ignore en quelle quantité.

Ce que la littérature ne tranche pas

La documentation sur l’ictère néonatal n’est pas unanime, et il serait malhonnête de le taire. Une revue publiée en 2012 a réexaminé le dossier de l’hémolyse attribuée à la berbérine. Ses auteurs constatent des données contradictoires, certaines soutenant l’accusation d’ictère néonatal et de kernictère, d’autres la réfutant.

Cette contradiction ne rend pas la mise en garde caduque. Elle explique pourquoi les agences écrivent « semble présenter un risque » plutôt que « présente un risque ». Sur un sujet où l’exposition concerne un nouveau-né, une incertitude non levée se traite comme un risque, et non comme une absence de risque.

C’est le même raisonnement qui conduit l’ANSES à étendre sa recommandation aux enfants et aux adolescents faute de données. La logique est développée sur la page réglementation de la berbérine, où elle détermine aussi ce qu’un étiquetage doit mentionner.

Personnes diabétiques

Le risque ne vient pas de la berbérine seule mais de l’association. L’ANSES l’écrit ainsi : « L’association de la berbérine avec des médicaments hypoglycémiants majore leurs effets chez l’Homme, induisant un risque d’hypoglycémie potentiel. »

C’est une situation où deux substances agissant dans le même sens se cumulent. Si vous êtes suivi pour un diabète, cette question relève de votre médecin, qui connaît votre traitement et vos valeurs.

Personnes ayant des troubles cardiaques

L’ANSES relève un effet cardiotoxique décrit dans la littérature, pour la berbérine comme pour des extraits de Berberis vulgaris et de Rhizoma coptis. Le mécanisme cité est l’inhibition du canal potassique hERG.

Ce canal intervient dans la repolarisation du cœur. Un travail publié dans la littérature peer-reviewed rapporte que la berbérine peut bloquer ce canal hERG et réduire son expression membranaire. C’est la base scientifique du classement des troubles cardiaques parmi les populations à risque.

Personnes ayant des troubles hépatiques

Le foie est l’organe qui transforme la berbérine, et il est aussi celui où se jouent les principales interactions décrites plus bas. L’ANSES range les troubles hépatiques parmi les situations où la consommation est déconseillée, sans détailler davantage le mécanisme dans son avis.

Une nuance mérite d’être posée ici, parce qu’elle est souvent perdue. La base de données LiverTox des instituts de santé américains est explicite sur ce point. La berbérine n’y est associée ni à une élévation des transaminases pendant le traitement, ni à des cas d’atteinte hépatique cliniquement patente.

Ces deux constats ne se contredisent pas. Le premier porte sur des personnes dont le foie est déjà atteint et dont la capacité de métabolisation est réduite. Le second porte sur la survenue d’une atteinte hépatique chez des personnes qui n’en avaient pas. Une substance peut ne pas abîmer un foie sain et rester déconseillée à un foie malade.

Cette absence de signal n’est pas totale, et il serait malhonnête de s’arrêter là. Le projet d’avis de l’EFSA relève deux cas d’élévation des transaminases dans les études cliniques qu’il a examinées. Le même document relie une des plantes de son périmètre, la grande chélidoine, à des atteintes hépatiques rapportées.

Ce que ces recommandations ne disent pas

Une recommandation d’abstention n’est pas le constat d’un danger démontré. La distinction est au cœur de cette page, et elle est rarement faite ailleurs.

Une méta-analyse de 2015, citée par l’ANSES elle-même, a regroupé vingt-sept essais portant sur la berbérine. Ses auteurs relèvent qu’aucune réaction indésirable grave n’y a été rapportée. Ce résultat ne contredit pas la prudence des agences : il en précise la nature.

Ce que l’ANSES dit, c’est que la sécurité d’emploi ne peut pas être garantie en l’état des données. Ce que l’EFSA dit, c’est qu’aucune dose sûre ne peut être établie. Ni l’une ni l’autre n’affirme que la berbérine a causé des dommages à grande échelle.

L’écart entre ces deux lectures a une conséquence pratique. Une personne sans traitement, sans grossesse et sans pathologie connue ne se trouve dans aucun des groupes visés. Cela ne signifie pas que la question est close pour elle, puisque la dose de référence manque toujours.

Les cinq groupes de personnes auxquels l’ANSES déconseille les compléments à base de berbérine

Quels effets indésirables sont rapportés ?

Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs et modérés. L’ANSES les décrit comme « des réactions gastro-intestinales modérées, incluant diarrhées, constipation, douleurs abdominales et nausées », rapportées à l’issue d’études cliniques.

Dans sa communication au public, l’agence signale que la consommation de ces compléments « peut entraîner des risques de troubles gastro-intestinaux, d’hypoglycémie et d’hypotension ». Il s’agit là de risques identifiés, ce qui n’est pas la même chose qu’un décompte de cas survenus.

Ce que la nutrivigilance a réellement enregistré

La distinction précédente mérite un chiffre. Entre 2009 et octobre 2018, le dispositif de nutrivigilance a reçu trois signalements liés à la berbérine.

Un seul a pu être analysé par le groupe de travail. Il s’agissait de céphalées et de vertiges, jugés d’imputabilité « possible » — le niveau de causalité, pas une certitude.

Ce faible nombre ne prouve pas que le produit soit « sans risque ». Il signifie que peu de cas ont été déclarés, ce qui est une limite bien connue de tout système de vigilance reposant sur des signalements volontaires. C’est aussi pourquoi déclarer un effet indésirable a une valeur collective.

Un pharmacien remet une boîte de médicament par-dessus le comptoir

Avec quels médicaments la berbérine interagit-elle ?

Les interactions constituent le point de vigilance principal. Elles passent par trois voies distinctes, toutes documentées dans la littérature scientifique.

La première est l’inhibition d’enzymes du foie appelées cytochromes. Une revue publiée en 2024 est catégorique sur leur importance. Elle conclut que « la plus importante interaction médicamenteuse de la berbérine à considérer est liée à son effet inhibiteur sur le CYP2D6 et le CYP3A4 ».

Cette inhibition a été mesurée chez l’humain. Dans une étude clinique, l’administration répétée de berbérine à 300 mg trois fois par jour a diminué l’activité du CYP2D6, du CYP2C9 et du CYP3A4. Les auteurs concluent que les interactions médicamenteuses doivent être prises en compte.

La deuxième voie est la P-glycoprotéine, une pompe intestinale qui refoule certaines substances hors des cellules. La troisième concerne les transporteurs de cations organiques, impliqués dans le cas particulier de la metformine. Le détail de ces mécanismes est traité sur notre page consacrée à la pharmacologie de la berbérine.

Les trois voies par lesquelles la berbérine interagit avec des médicaments

Tableau des interactions documentées

Chaque ligne renvoie à une publication distincte. La colonne « type de preuve » indique s’il s’agit d’une observation chez l’humain ou chez l’animal — une distinction que la plupart des pages sur ce sujet omettent.

Médicament ou classeMécanisme décritEffet mesuréType de preuve
Ciclosporineinhibition du CYP3A4hausse marquée de la concentration sanguineétude clinique, transplantés rénaux
Digoxineinhibition de la P-glycoprotéine intestinalebiodisponibilité augmentée, effet dose-dépendantétude chez le rat
Metformineinhibition des transporteurs OCT1 et OCT2exposition à la metformine augmentéein vitro et chez le rat
Substrats du CYP2D6inhibition quasi-irréversible, dépendante du métabolismeactivité enzymatique diminuéein vitro (microsomes hépatiques humains)
Substrats du CYP2D6 et du CYP2C9inhibition enzymatiqueactivité enzymatique diminuéeétude clinique
Tacrolimusinteraction pharmacocinétiqueidentifiée par l’ANSESconclusion de l’avis
Statines (simvastatine, atorvastatine)interaction pharmacocinétique et pharmacodynamiqueidentifiée par l’ANSESconclusion de l’avis
Macrolides (azithromycine, clarithromycine)interaction pharmacodynamiqueidentifiée par l’ANSESconclusion de l’avis
Antidiabétiques en généraladditivité des effetsrisque d’hypoglycémieposition de l’ANSES

Sources ligne par ligne, avec les références complètes en bas de page :

  • ciclosporine — Wu et al., 2005
  • digoxine — Qiu et al., 2009
  • metformine — Kwon et al., 2015
  • substrats du CYP2D6, inhibition quasi-irréversible — Kim et al., 2020
  • substrats du CYP2D6 et du CYP2C9, étude clinique — Guo et al., 2012
  • tacrolimus, statines, macrolides et antidiabétiques — avis de l’ANSES

Un exemple qui donne l’échelle

L’étude sur la ciclosporine est la plus parlante, parce qu’elle porte sur des patients réels. Chez des transplantés rénaux, les auteurs concluent que la berbérine « peut élever de manière marquée la concentration sanguine de ciclosporine ».

Pour un médicament dont la marge thérapeutique est étroite, une telle variation n’est pas un détail. C’est la raison pour laquelle la question « puis-je en prendre avec mon traitement ? » ne peut pas recevoir de réponse générale sur un site web.

Les sigles employés dans ce tableau désignent des enzymes et des transporteurs. Le CYP3A4 et le CYP2D6 sont des cytochromes du foie ; la P-glycoprotéine est une pompe cellulaire. Chacun de ces termes est défini dans notre lexique.

⚠ Cette liste n’est pas exhaustive. Le tableau ne retient que les interactions pour lesquelles une publication primaire mesure un effet, ou que l’ANSES nomme dans la conclusion de son avis. L’agence cite également le dextrométhorphane, le kétoconazole, le losartan, le midazolam, le paclitaxel et plusieurs anticancéreux, que nous n’avons pas détaillés faute de publication primaire sous la main.

Pourquoi l’EFSA n’a pas pu fixer de dose sûre

En janvier 2026, le groupe scientifique de l’EFSA a adopté un projet d’avis sur la sécurité des préparations végétales contenant de la berbérine. Sa conclusion est explicite : les données disponibles ne permettent pas d’établir une dose journalière sûre. Une consultation publique a suivi, ainsi qu’une réunion avec les opérateurs du secteur en avril 2026.

Cette absence de valeur de référence n’est pas un oubli administratif. Elle traduit un état des connaissances, et l’ANSES aboutissait déjà à une formulation voisine : « en l’absence de données nouvelles, leur sécurité d’emploi ne peut être garantie ».

Le signal de génotoxicité

La raison principale tient à un signal que l’EFSA qualifie de préoccupation de sécurité. Selon le projet d’avis, il existe des indications de génotoxicité de la berbérine in vitro, c’est-à-dire sur cellules en laboratoire. Les effets décrits sont une mutation génique et des dommages chromosomiques, appuyés par des données de mécanisme.

Deux mécanismes sont avancés par l’agence : l’inhibition de la topoisomérase et l’intercalation dans l’ADN. Ce sont des voies connues par lesquelles une molécule peut perturber la réplication cellulaire.

La suite de la phrase compte autant que le début. L’EFSA précise qu’aucune donnée in vivo adéquate n’est disponible, ce qui laisse une incertitude résiduelle. Autrement dit, le signal n’a pas été confirmé sur un organisme entier.

Un résultat obtenu sur des cellules isolées ne se transpose pas mécaniquement à une personne qui avale une gélule. C’est précisément l’écart que ce site s’attache à rendre visible, et qui est développé dans notre section recherche sur la berbérine.

Quelles plantes sont concernées

L’évaluation ne porte pas sur une molécule isolée mais sur des préparations végétales. Treize espèces et parties de plantes y figurent. On y trouve Berberis vulgaris (racine, écorce), Berberis aristata (racine, écorce) et Coptis japonica (rhizome). S’y ajoutent Hydrastis canadensis (rhizome), Phellodendron amurense (écorce) et Coscinium fenestratum (racine, tige).

La berbérine n’y est d’ailleurs pas seule. Ces plantes contiennent d’autres alcaloïdes protoberbérines, parmi lesquels la coptisine, la jatrorrhizine et la palmatine, que l’appel à données de l’EFSA énumère à côté de la berbérine.

Deux de ces préparations font l’objet d’une conclusion distincte dans le projet d’avis, et elle ne porte pas sur la berbérine isolée mais sur la plante entière.

  • Pour le rhizome et la racine d’hydraste du Canada (Hydrastis canadensis), l’EFSA écrit que leur consommation représente un risque cancérogène pour l’humain.
  • Pour les parties aériennes de la grande chélidoine (Chelidonium majus), l’agence relie la consommation à des atteintes hépatiques idiosyncrasiques, avec 45 cas rapportés.

Ces conclusions visent des préparations végétales précises, pas la berbérine en tant que molécule. La distinction compte, mais elle ne rend pas la mise en garde théorique : ce sont des plantes vendues comme compléments.

Cette liste explique une partie de la difficulté. Deux produits peuvent afficher le mot « berbérine » et provenir de plantes différentes, avec des teneurs et des composés d’accompagnement différents. Les espèces elles-mêmes, leurs teneurs et leurs parties utilisées sont décrites sur la page plantes qui contiennent de la berbérine.

Où en est la procédure

Le dossier n’est pas clos, et la date de cette page compte donc. L’enchaînement est le suivant. La Commission européenne a saisi l’EFSA, qui a lancé un appel à données en 2023. Le panel scientifique a adopté son projet d’avis le 29 janvier 2026.

Une consultation publique a suivi. L’EFSA a ensuite réuni les opérateurs du secteur le 22 avril 2026. Elle y a présenté son calendrier : soumission de l’avis pour adoption début juillet, sous réserve du volume de commentaires reçus.

Tant que l’avis définitif n’est pas publié, le cadre applicable en France reste celui de l’arrêté de 2014 et de l’avis de l’ANSES. Aucune allégation de santé ne peut donc être formulée pour la berbérine, quelle que soit l’issue de la procédure européenne.

Qui dit quoi, et avec quelle portée

Trois institutions se sont prononcées, et leurs formulations ne disent pas la même chose. Les confondre revient à prêter à l’une la conclusion de l’autre.

InstitutionCe qu’elle établitPortée de la formulation
ANSES (2019)la sécurité d’emploi ne peut pas être garantie ; abstention conseillée à quatre populations sensibles, plus les enfants et adolescentsavis national, pas d’interdiction
EFSA (projet d’avis, 2026)aucune dose sûre ne peut être établie ; signal de génotoxicité in vitroprojet, non définitif
LiverTox (NIH, 2020)pas d’élévation des transaminases ni d’atteinte hépatique patente rapportéesynthèse documentaire, pas une évaluation de risque

Aucune de ces trois lignes ne dit que la berbérine est dangereuse, et aucune ne dit qu’elle est sûre. Toutes les trois décrivent un état des connaissances incomplet, à des dates différentes et avec des mandats différents.

Ce que l’ANSES, l’EFSA et LiverTox établissent, et la portée de chaque formulation

Le seuil de 400 mg

L’ANSES apporte toutefois un repère chiffré. L’agence « confirme l’existence d’effets pharmacologiques avérés à partir de 400 mg/jour chez l’adulte, mais n’exclut pas que de tels effets puissent intervenir également à des doses inférieures ».

Ce chiffre mérite d’être lu correctement, et il n’est pas le seul que l’avis contient. Il ne s’agit pas d’une limite de sécurité en dessous de laquelle tout irait bien. Il s’agit du seuil à partir duquel l’agence considère que la substance agit comme un produit pharmacologiquement actif, ce qui interroge la frontière même entre complément alimentaire et médicament. Ce point est développé sur la page réglementation de la berbérine.

La valeur de référence que l’ANSES a calculée

Le chiffre le plus important de l’avis n’est pas 400 mg, et il est rarement cité. L’ANSES a établi une valeur toxicologique indicative de 1,7 µg par kilo de poids corporel et par jour.

Pour une personne de 60 kg, cela représente environ 0,1 mg par jour. L’agence ajoute que cette valeur est « vraisemblablement dépassée pour un grand nombre de compléments alimentaires sur le marché ». C’est de cette constatation que découle sa conclusion : « en l’absence de données nouvelles, leur sécurité d’emploi ne peut être garantie ».

L’avis relève aussi des effets indésirables à partir d’une dose journalière de 600 mg par voie orale chez l’adulte.

Ce que ces valeurs impliquent pour l’étiquetage et pour la vente est traité sur la page réglementation de la berbérine.

Trois chiffres coexistent donc, et ils ne mesurent pas la même chose. La valeur de référence est calculée à partir des données toxicologiques disponibles. Le seuil de 400 mg marque le début des effets pharmacologiques avérés. Celui de 600 mg est celui à partir duquel des effets indésirables ont été observés.

L’écart labo-flacon

Un dernier élément complique l’interprétation de toutes les données ci-dessus : ce que les études mesurent n’est pas ce que contient un flacon.

La biodisponibilité orale de la berbérine est très faible. Une étude chez le rat a mesuré une biodisponibilité absolue de 0,68 %. Les causes en sont connues : métabolisme intestinal de premier passage, faible solubilité, efflux par la P-glycoprotéine et métabolisme hépatique.

Il en découle que les résultats obtenus avec du chlorhydrate de berbérine standardisé, à dose contrôlée, ne se transposent pas mécaniquement à un extrait de plante dont la teneur varie. La différence entre la forme étudiée et la forme vendue est décrite sur la page qu’est-ce que la berbérine. C’est le cadre de lecture que nous appliquons partout sur ce site, et qui est détaillé dans notre section recherche.

Que faire en cas d’effet indésirable ?

Trois démarches sont utiles, dans cet ordre.

  1. Arrêtez la prise et parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, en emportant l’emballage du produit.
  2. Déclarez l’effet au dispositif de nutrivigilance de l’ANSES. La déclaration se fait en ligne, en six étapes, et elle est ouverte aux particuliers comme aux professionnels de santé.
  3. Conservez le produit et son étiquette, qui portent le numéro de lot utile en cas d’investigation.

L’ANSES adresse le même rappel aux professionnels de santé et aux fabricants. Elle mentionne « la nécessité de déclarer auprès de son dispositif de nutrivigilance les effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de compléments alimentaires ».

Quand consulter un professionnel de santé ?

Cinq situations justifient un avis professionnel avant tout usage. Elles ne relèvent pas d’une précaution de principe : chacune correspond à un mécanisme décrit plus haut.

  • Un traitement médicamenteux est en cours, même ponctuel. Les interactions décrites ci-dessus concernent un grand nombre de médicaments courants.
  • Une grossesse est en cours ou envisagée, ou vous allaitez. C’est le cas où l’avertissement figure sur l’étiquette par obligation réglementaire.
  • Un diabète est suivi, en particulier sous traitement antidiabétique.
  • Un trouble hépatique ou cardiaque est connu, en particulier un trouble du rythme.
  • Un effet inhabituel apparaît après la prise d’un complément.

L’interlocuteur adapté est votre médecin traitant ou votre pharmacien. Le pharmacien a accès à votre historique de délivrance. Pour une question d’interaction, c’est souvent le professionnel le plus rapide à joindre.

Questions fréquentes

Les réponses ci-dessous reprennent les points les plus souvent recherchés. Elles ne remplacent pas la lecture des sections correspondantes.

La berbérine est-elle dangereuse ? L’ANSES estime que la sécurité d’emploi de ces compléments ne peut pas être garantie en l’état des données. Elle déconseille ces compléments aux femmes enceintes et allaitantes, aux personnes diabétiques et à celles qui présentent des troubles hépatiques ou cardiaques, ainsi qu’aux enfants et aux adolescents.

Peut-on la prendre avec un traitement ? Cette question relève de votre médecin ou de votre pharmacien. Des interactions sont documentées via le CYP3A4, le CYP2D6 et la P-glycoprotéine.

Existe-t-il une dose sûre ? Non. L’EFSA n’a pas pu en établir une, et l’ANSES relève des effets pharmacologiques avérés dès 400 mg par jour chez l’adulte.

Pourquoi ce site ne recommande-t-il aucun produit ? Parce qu’aucune allégation de santé n’est autorisée pour la berbérine dans l’Union européenne. Notre ligne éditoriale est publiée sur la page politique éditoriale.

Aucune de ces réponses ne vaut pour votre situation particulière, et cette page ne remplace pas une consultation. Si vous vous demandez si la berbérine est compatible avec votre traitement, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

L’écart labo-flacon, en trois lignes

L’écart labo-flaconSur cette page
Ce que l’étude a mesurédu chlorhydrate de berbérine standardisé, à dose contrôlée, sur des durées courtes
Ce que le flacon contientun extrait de plante dont la teneur varie selon l’espèce et le procédé
Ce qui reste inconnula dose journalière sûre, qu’aucune donnée disponible ne permet d’établir

Comment cette page a-t-elle été rédigée ?

  • Rédaction : La rédaction de Berbérine.fr
  • Relecture : Comité de relecture éditoriale, qui vérifie les sources et la conformité, et qui ne dispose d’aucune compétence médicale
  • Dernière vérification : 26 juillet 2026
  • Sources : les 24 références figurent en bas de page, avec leur date de consultation

Sources

  1. Utilisation de plantes à base de berbérine dans les compléments alimentaires

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  2. AVIS relatif à la sécurité d’utilisation de plantes contenant de la berbérine (saisine n° 2018-SA-0095)

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  3. Avis de l’Anses relatif à la sécurité d’utilisation de plantes contenant de la berbérine

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  4. Tout savoir sur le dispositif de nutrivigilance

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

    Publié le · Consulté le

  5. Nutrivigilance : pourquoi déclarer ?

    ANSESAutoritéNiveau de preuve A

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  6. Targeted stakeholder meeting on EFSA’s draft opinion on plant preparations containing berberine

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