Berbérine et nouveau-nés : la question de la bilirubine
Par La rédaction de Berbérine.fr · Dernière vérification :
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Parmi les mises en garde qui entourent la berbérine, celle qui concerne les nouveau-nés est la plus ancienne et la plus souvent citée. Elle précède de plusieurs décennies l’avis de l’ANSES. Elle repose sur un mécanisme précis, documenté, et sur une base de preuves plus étroite qu’on ne le suppose.
En bref
- La berbérine peut déloger la bilirubine de la protéine qui la transporte.
- L’avertissement repose sur une étude de 1993 et un mécanisme mesuré en laboratoire.
- L’étiquette doit déconseiller ces compléments aux femmes enceintes.
Cette page s’appuie sur 9 sources, toutes ouvertes et vérifiées le 18 août 2026. Parmi elles, 7 proviennent d’une autorité sanitaire ou d’une revue à comité de lecture.
À savoir avant de lire. Cette page est informative et ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’une sage-femme ou d’un pharmacien. Aucune allégation de santé n’est autorisée pour la berbérine dans l’Union européenne. Si vous êtes enceinte ou si vous allaitez : parlez-en à un professionnel de santé avant tout usage.
Le mécanisme : la bilirubine et son transporteur
La bilirubine est un pigment jaune produit quand l’organisme recycle les globules rouges. Dans le sang, elle circule accrochée à l’albumine, une protéine de transport. Tant qu’elle reste liée, elle ne franchit pas la barrière qui protège le cerveau.
Chez le nouveau-né, deux choses changent. Le foie n’élimine pas encore la bilirubine efficacement, et la barrière cérébrale est plus perméable. Une bilirubine libre élevée est donc surveillée de près à la maternité.
L’ANSES retient ce point précis. Selon son avis, en cas d’exposition prénatale ou chez le nourrisson allaité, la berbérine « semble présenter un risque, en raison d’un déplacement de la bilirubine libre ».
Ce que « déplacement » signifie
La berbérine et la bilirubine se fixent sur des sites comparables de l’albumine. Quand la première occupe la place, la seconde se retrouve libre dans le sang. La quantité totale de bilirubine n’augmente pas ; c’est sa répartition qui change.
Cette distinction compte pour lire correctement les données disponibles. Le mécanisme décrit une compétition chimique, pas une toxicité directe de la berbérine sur l’enfant.
D’où vient cette mise en garde
L’origine est une étude publiée en 1993 dans Biology of the Neonate. Son auteur a mesuré la capacité de la berbérine à déloger la bilirubine de l’albumine. Sa conclusion était explicite : mieux vaut éviter ces préparations chez le nouveau-né ictérique et chez la femme enceinte.
Trois précisions changent la portée de ce travail.
D’abord, il s’agit d’une mesure de liaison, réalisée en laboratoire. Elle établit qu’une compétition existe. Elle n’établit pas qu’un enfant a été affecté.
Ce type de mesure met en présence de l’albumine, de la bilirubine et la substance testée, puis observe ce qui se détache. Le protocole répond à une question chimique précise. Il ne dit rien de la dose qui atteindrait la circulation d’un fœtus, ni de la durée d’exposition, ni de ce que le foie de la mère aurait transformé entre-temps.
Ensuite, c’est une source unique et ancienne. La mise en garde qui circule aujourd’hui remonte à ce texte, repris ensuite par les agences.
Enfin, un résultat obtenu en laboratoire ne se transpose pas directement à une prise de complément par une femme enceinte. La quantité qui atteint réellement le sang du fœtus reste inconnue.
L’épisode singapourien, et ce qu’il montre
Le dossier a eu une suite réglementaire ailleurs. Des préparations contenant de la berbérine ont été retirées du marché et interdites d’importation à Singapour de 1978 à 2012.
L’ANSES rapporte que ce retrait était lié à l’implication supposée de la berbérine dans l’aggravation d’ictères, d’anémies hémolytiques et d’ictères nucléaires chez des nouveau-nés présentant un déficit potentiel en G6PD. Ce déficit est une particularité enzymatique héréditaire qui fragilise les globules rouges.
Deux détails de cette phrase méritent d’être relevés.
Le premier est le mot « supposée ». L’agence française n’écrit pas que la berbérine a causé ces cas. Elle rapporte une hypothèse retenue à l’époque par une autorité étrangère.
Le second est la date de fin : 2012. L’interdiction a été levée. Une étude parue la même année dans Phytotherapy Research a réexaminé le risque hémolytique attribué à ces plantes. Le dossier n’évolue donc pas dans un seul sens.

À ne pas confondre : ictère et ictère nucléaire
L’ictère du nouveau-né est fréquent et le plus souvent bénin. Il se voit à la coloration de la peau et disparaît généralement seul. L’ictère nucléaire est autre chose : une atteinte cérébrale rare et grave, liée à une bilirubine libre très élevée. Les deux mots se ressemblent ; les situations n’ont pas la même gravité, et les confondre fausse la lecture de tout le dossier.
Aucune donnée ne permet d’affirmer que la berbérine provoque un ictère nucléaire. Ce qui est établi, c’est un mécanisme qui va dans une direction défavorable, dans une population déjà surveillée pour cette raison.
Ce que la réglementation en a tiré
En France, la conséquence est visible sur l’emballage. Le régime applicable aux plantes autorisées dans les compléments alimentaires impose un étiquetage qui déconseille l’emploi aux femmes enceintes.
Cette obligation est l’une des rares traces concrètes du dossier dans le droit français. Elle illustre aussi la logique du régime applicable : le produit reste autorisé à la vente, et c’est la mention obligatoire qui porte l’avertissement.
Autrement dit, la réglementation n’a pas tranché la question scientifique. Elle a imposé une phrase sur l’emballage et laissé le reste ouvert. Un acheteur qui ne lit pas cette mention ne rencontre aucun autre obstacle. Le cadre complet, y compris la procédure européenne en cours, est décrit sur réglementation de la berbérine.
En janvier 2026, le groupe scientifique de l’EFSA a adopté un projet d’avis concluant qu’aucune dose journalière sûre ne pouvait être établie pour ces préparations végétales. Cette absence vaut aussi ici : il n’existe pas de quantité identifiée comme inoffensive autour de la naissance.
⚠ Statut réglementaire en cours. Le texte adopté en janvier 2026 est un projet d’avis. Il n’a pas d’effet juridique par lui-même. Dernière vérification : 18 août 2026.
L’écart labo-flacon appliqué à la bilirubine
| L’écart labo-flacon | Sur cette page |
|---|---|
| Ce que l’étude a mesuré | une compétition de liaison sur l’albumine, en laboratoire |
| Ce que le flacon contient | une teneur en berbérine que l’étiquette n’indique pas toujours |
| Ce qui reste inconnu | la quantité qui atteint le fœtus ou le nourrisson |
La troisième ligne est celle qui compte ici. Le mécanisme est décrit, la conséquence chez l’enfant ne l’est pas, et la dose réellement absorbée à partir d’un complément n’est pas mesurable depuis l’emballage.
L’allaitement : une inconnue, pas une mesure
Une fiche nord-américaine destinée aux femmes enceintes et allaitantes retient le même mécanisme de déplacement. Elle ajoute un point que les autres sources ne tranchent pas : la berbérine passe dans le lait maternel, mais on ignore en quelle quantité.
Une inconnue n’est pas une donnée rassurante. Elle signifie que personne ne peut estimer l’exposition réelle du nourrisson à partir de ce qui est publié.
Les autres questions propres à la grossesse et à l’allaitement, y compris ce que l’ANSES recommande, sont traitées sur berbérine, grossesse et allaitement.
Quand consulter un professionnel de santé ?
Quatre situations demandent un avis, et aucune ne se règle en ligne.
- Vous êtes enceinte ou vous allaitez. L’ANSES déconseille ces compléments dans les deux cas. Une sage-femme ou un médecin peut répondre à votre situation précise.
- Votre nouveau-né présente un ictère. C’est un motif de suivi médical, indépendamment de tout complément.
- Un déficit en G6PD est connu dans votre famille. C’est la particularité qui revenait dans le dossier singapourien.
- Vous avez pris un complément sans savoir qu’il contenait de la berbérine. Signalez-le, même en l’absence de symptôme.
Ce qu’un signalement change réellement
Le dossier de la berbérine repose sur peu de données humaines, et c’est précisément ce que l’EFSA a relevé. Chaque effet déclaré rend ce tableau un peu moins incomplet.
Si vous pensez avoir ressenti un effet indésirable après avoir pris un complément alimentaire, vous pouvez le signaler au dispositif de nutrivigilance de l’ANSES. La déclaration ne suppose ni certitude sur le lien de cause à effet, ni gravité particulière.
Les effets qui ont déjà été rapportés pour la berbérine, et la manière dont ils sont recensés, sont détaillés sur effets indésirables de la berbérine. La liste complète des groupes concernés figure sur sécurité de la berbérine.
Questions fréquentes
Pourquoi la berbérine est-elle déconseillée autour de la naissance ? Parce qu’elle peut déloger la bilirubine de l’albumine, la protéine qui la transporte. Chez un nouveau-né, la bilirubine libre est précisément ce qui pose problème en cas d’ictère.
La berbérine provoque-t-elle un ictère nucléaire ? Aucune donnée ne permet de l’affirmer. L’ANSES écrit que l’implication de la berbérine était « supposée » dans le dossier singapourien. Un mécanisme mesuré en laboratoire n’est pas un effet démontré.
La berbérine passe-t-elle dans le lait maternel ? Une fiche nord-américaine indique qu’elle y passe, sans que la quantité soit connue. C’est une inconnue, pas une mesure rassurante.
Aucune de ces réponses ne vaut pour votre situation particulière. En cas de doute, parlez-en à votre médecin, à votre sage-femme ou à votre pharmacien. Le cadre général du sujet est repris sur ce qu’il faut vérifier avant d’acheter de la berbérine.
Comment cette page a-t-elle été rédigée ?
- Rédaction : La rédaction de Berbérine.fr
- Relecture : Comité de relecture éditoriale, qui vérifie les sources et la conformité, et qui ne dispose d’aucune compétence médicale
- Dernière vérification : 18 août 2026
- Sources : les 9 références figurent en bas de page, avec leur date de consultation
Sources
- AVIS relatif à la sécurité d’utilisation de plantes contenant de la berbérine (saisine n° 2018-SA-0095)
ANSESAutoritéNiveau de preuve A
Publié le · Consulté le
- Avis de l’Anses relatif à la sécurité d’utilisation de plantes contenant de la berbérine
ANSESAutoritéNiveau de preuve A
Publié le · Consulté le
- Utilisation de plantes à base de berbérine dans les compléments alimentaires
ANSESAutoritéNiveau de preuve A
Publié le · Consulté le
- Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires
LégifranceRéglementationNiveau de preuve A
Publié le · Consulté le
- DRAFT Scientific Opinion on the safety of plant preparations containing berberine (EFSA-Q-2022-00803)
EFSA — Panel on Nutrition, Novel Foods and Food Allergens (NDA)AutoritéNiveau de preuve A
Publié le · Consulté le
- Chan E. Displacement of bilirubin from albumin by berberine
Biology of the NeonateÉtudeNiveau de preuve B
Publié le · Consulté le
- Linn YC, et al. Berberine-induced haemolysis revisited: safety of Rhizoma coptidis and Cortex phellodendri in chronic haematological diseases
Phytotherapy ResearchÉtudeNiveau de preuve B
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- Berberine — MotherToBaby Fact Sheets
MotherToBaby / OTISAutoritéNiveau de preuve C
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- Berberine and Weight Loss: What You Need To Know
NCCIH — National Center for Complementary and Integrative Health (NIH)AutoritéNiveau de preuve C
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